Encadrer-et-manager.com

Interview dans la revue Sciences Ouest

Sciences Ouest – Mars 2007

Rencontre avec le sociologue Frederik Mispelblom Beyer
Les managers, mercenaires ou solidaires?

Sociologue du travail au Centre Pierre-Naville de l’université d’évry (91), Frederik Mispelblom Beyer explore depuis près de vingt ans les arcanes des grandes entreprises publiques et privées et intervient régulièrement en Bretagne(1). Au cœur de ses investigations, les cadres, une catégorie sociologique éclectique dont il brosse le profil dans un ouvrage qui vient de paraître (2).

Sciences Ouest: Vous abordez dans votre dernière étude la question de l’encadrement. Comment la définiriez-vous exactement?

Frederik Mispelblom Beyer: Encadrer constitue une activité à la fois spécialisée et très généraliste que l’on peut caractériser grossièrement par le fait de canaliser le travail des autres. Ceux qu’on appelle les « encadrants » ou « managers » forment une catégorie particulière de professionnels évoluant dans les entreprises, les institutions ou les organisations. Ceux-ci peuvent être des cadres ou des noncadres, comme les agents de maîtrise ou les contremaîtres, par exemple. Toutefois, l’encadrement ne constitue pas seulement une profession. En effet, il s’agit également d’une activité très généraliste concernant aussi bien le travail que peut faire un directeur de thèse avec un doctorant, un travailleur social avec un public de jeunes ou encore des parents vis-à -vis de leurs enfants.

S.0. : Peut-on dire que les cadres possèdent une position privilégiée dans l’entreprise?

F.M.B. : En partie oui mais pas forcément enviable. L’une des découvertes que j’ai faite durant ces enquêtes, c’est que les cadres sont des intermédiaires qui subissent des pressions permanentes venant aussi bien d’en haut que d’en bas. Ils se situent entre « le marteau et l’enclume », c’est-à -dire entre les exigences hiérarchiques et les revendications du terrain. Pour tenir leurs positions, les encadrants sont donc obligés de « ferrailler » comme l’indique l’origine militaire du mot « cadre » (3), Pour ce faire, ils sont obligés, en permanence, de passer des alliances et de négocier, pour éviter les coups venant de leur hiérarchie, de leurs subordonnés mais aussi de leurs pairs.

S.0. : Quel peut être l’apport de votre analyse pour le grand public ?

F.M.B. : Elle peut constituer une grille de lecture scientifique utile et accessible à tous ceux qui souhaitent comprendre l’univers professionnel dans lequel ils évoluent. A l’université d’évry par exemple, j’apprends à des étudiants en biologie à mieux analyser ce qui se passe durant leurs stages avec leurs tuteurs ou leurs directeurs. Armés de nouveaux concepts, ils sont alors capables de mettre des mots sur leurs expériences, ce qui leur permet de mieux appréhender les exigences de leur formation. Ma démarche n’est pourtant pas de créer une méthode de management qui ne ferait que renforcer la vision déjà très technicienne que l’on se fait du travail. je pense simplement qu’une meilleure analyse de la dimension sociale des activités professionnelles permettrait, aux gens de mieux faire face aux changements. Les responsables des ressources humaines et toutes les personnes conduisant des projets dans des organismes publics ou privés devraient être capables de s’approprier ces analyses. j’ai essayé de proposer à la fois un livre de chevet et une boussole pour gros temps!

Propos recueillis par Christophe Blanchard

(l) Il était présent en mars 2006 à Brest au Carrefour national d’action éducative en milieu ouvert (Cnaemo), à Rennes. le 13 mars dernier, à l’école nationale de la santé publique.

(2) Mispelblom Beyer F., « Encadrer, un métier impossible ? », Armand Colin. Paris, 2006.
(3) Frederik Mispelblom Beyer est également coordinateur du cycle « Arts de la guerre et interprétation de la vie civile » dont la quatrième journée s’est déroulée à Saint-Cyr Co

Vous voulez recommander le site à un ami? Cliquez ici

Ces pages peuvent également vous intéresser :
Article paru dans la revue Personnel Contrôler la qualité en maintenant la solidarité Les patrons