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Interview dans les Echos

Interview dans les échos du 12 mars 07

(Page conflit licenciement cadre)

« Un retour à l’équilibre des forces entre les cadres et leurs employeurs »

Comment expliquer le recours croissant des cadres aux prud’hommes ?

Il faut que 10 % environ des cas qui seraient susceptibles de faire l’objet d’un recours aux prud’hommes passent vraiment devant les tribunaux. La lenteur des procédures y est certainement pour quelque chose. Pour les cadres, cette juridiciarisation croissante des conflits s’explique par un malaise constitutif à la fonction d’encadrement. La situation des cadres est de plus en plus difficile à tenir : ils sont pris en étau entre une direction dont ils se méfient de plus en plus et des équipes qui voient en eux le bras armé de la direction. Parallèlement, leurs collaborateurs gagnent en autonomie et en responsabilité, ce qui rend leur rôle finalement moins nécessaire qu’avant.

Les conflits, notamment en cas de rupture du contrat de travail, sont plus nombreux, mais aussi moins bien vécus par les cadres. Pourquoi ?

La relation salariale d’encadrement est par définition individuelle, et même personnelle. En fait, la compétence des managers s’appuie sur un savoir-faire, et de plus en plus sur un savoir être : c’est leur façon de parler, de se comporter avec leurs équipes qui est jugée. Leur personnalité est finalement leur premier outil de travail. Du coup, remettre en cause leur personnalité. Ce qui est beaucoup plus difficile à accepter.

Les entreprises dénoncent l’esprit procédurier désormais adopté par les cadres. Est ce une réalité ?

Naturellement, mais cette réalité leur a été inculquée par l’entreprise elle-même, qui impose de plus en plus de norme de qualité à respecter, de chartes, de procédures à remplir. Les entreprises sont devenues plus normatives, leurs cadres aussi.

Cette juridisation est-elle une dérive dans les relations au travail ?

On peut l’interpréter positivement, car c’est un signe que l’équilibre des forces entre cadres et employeurs est en train de se rétablir ; les cadres n’ont plus peur de faire entendre leur droit et ne sont plus prêts à se laisser marcher sur les pieds. Cette tendance comporte cependant un risque lorsque le cadre se transforme en mercenaire qui cherche à tirer un bénéfice de chacun de ses passages dans une entreprise et dont la finalité n’est plus de participer au projet de l’entreprise, mais d’en tirer un gain purement financier. Ce genre de comportement, induit au départ par les employeurs, pourrait donc se retourner contre eux.

Propos recueillis par M.B

L’interview en image: 1

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