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Article dans le journal l’Humanité

L’Humanité – 22 décembre 2006

Les sept secrets d’un métier impossible

Nourrie d’exemples concrets, une étude pointe les évolutions et les contradictions du travail d’encadrement.

ENCADRER. UN MéTIER IMPOSSIBLE.
PAR FREDERIK MISPELBLOM BEYER, éDITIONS ARMAND COLIN, 2006. 25 EUROS.

On ne compte plus les « manuels » de management. C’est que s’agissant d’un « métier impossible », la tentation est forte d’en rechercher des recettes. Et que les dirigeants ont avantage à présenter le management comme une discipline technique, neutre, ne prêtant pas à débat. D’où l’intérêt majeur de ce livre qui démontre avec brio combien le travail d’encadrement est à dimension politique: il impose de s’engager dans des « orientations de travail » diverses et conflictuelles, ces « combinaisons de langages, de gestes et de pratiques, incarnées dans des sujets humains mais aussi dans des installations techniques et des réglementations, qui obéissent à une logique commune régie par quelques mots clés donnant sens aux situations de travail et qui se distinguent d’autres combinaisons de même type. Si elles ne sont pas niées dans les entreprises, elles sont très largement imputées à la « personnalité ».
Entre les « personnalités » et la vision dominante du travail – vision homogène, quantitative, abstraite-, les dimensions sociales et collectives de ces « orientations » sont occultées: or des « batailles d’orientation » sont bien au cœur de l’activité quotidienne d’encadrement. Un des apports, majeurs de ce livre est de montrer que ces orientations n’opposent pas toujours « le haut » et « le bas « . Elles traversent aussi l’échelle hiérarchique. Ce qui invite à renoncer à une lecture manichéenne de la lutte des classes et à envisager de multiples terrains d’alliances au sein du salariat. Nourri de multiples exemples concrets puisés dans l’observation directe du travail d’encadrement – principalement dans des entreprises publiques en proie aux restructurations néolibérales -, l’auteur nous livre un à un « sept secrets» de l’encadrement.
 » Encadrer, c’est ferrailler « , comme l’indique l’origine militaire du mot «cadre ». C’est « se débrouiller entre la pression du haut et du bas , celle du « marteau » certes, mais aussi de « l’écume » plus que de « l’enclume », tant il est vrai que la base salariale ne résiste jamais de manière simplement passive. Encadrer, c’est aussi « tenter de dire » ce qu’on fait et où l’on va. Ici encore le salariat improprement dit «d’exécution » joue son rôle. C’est « tenter d’unifier des orientations de travail » qui ont à voir avec des valeurs morales et politiques plus larges, qui se traduisent par des manières de « traiter les gens ». Encadrer, c’est encore « tenter d’élaborer des compromis productifs ». C’est enfin « mettre des orientations dans des cadres opérationnels », ce qui permet, in fine, la définition plus précise des objectifs professionnels prescrits aux salariés dits « d’exécution ». écrit de manière très vivante et plaisante, ce livre aidera tous les « responsables » à mieux comprendre les sources de leurs difficultés et la nécessité de faire le deuil d’un idéal paralysant, celui de la maîtrise de métiers par nature «impossibles ». Il les aidera du même coup à ne pas attendre « le grand soir » d’un chamboulement social pour mieux assumer au quotidien leurs convictions éthiques et professionnelles.

Paul Bouffartigue. sociologue

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